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La Haute Banque et les Banques locales du XIX ème siècle

3ème volet de la trilogie historique des banques, La Haute Banque et les Banques locales du XIX ème siècle

Prélude à la deuxième révolution bancaire…

Nous avions laissé notre voyage à travers l’histoire de la Banque à la faillite du système de Law au XVIII ème siècle. La révolution Française va amener son lot d’instabilités et l’environnement va se trouver modifié durablement obligeant les banquiers (une fois n’est pas coutume) à revoir leur modèle de développement.

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Cette faillite retentissante impose des principes prudentiels essentiels au bon fonctionnement de l’activité bancaire fondée sur la confiance. C’est ainsi que les banquiers de la Haute Banque du XIXe siècle vont avant tout s’assurer de solides fonds propres, qui mettent leur clientèle en confiance et leur permettent d’obtenir des dépôts. Ils les accumulent et les investissent dans le développement du commerce et de l’industrie. Cette période débute par la banque issue de la Révolution de 1789. Les banques locales et régionales qui financent l’économie locale vont prendre le relais mais peinent à faire de la délivrance du crédit et de la collecte des dépôts une véritable industrie alors que les besoins de l’économie sont importants. C’est là qu’arrive la création des réseaux bancaires avec en tête le puissant Crédit Lyonnais d’Henri Germain.

Une révolution arrive dès le début du XIX è siècle

Au lendemain du coup d’État de 1799, les plus puissants des banquiers fondent, en accord avec Bonaparte, la Banque de France, chargée de faire des opérations d’escompte et d’avances sur titres à l’aide des billets qu’elle est autorisée à émettre. La conjoncture reste souvent agitée, en raison des guerres constantes, et il faut attendre le retour de la paix, avec l’effondrement de l’Empire, pour que le système bancaire puisse jouer son rôle dans l’accompagnement de la révolution industrielle.

La véritable naissance du système bancaire français débute avec la création de la Banque de France en 1800, s’accélère avec le développement des maisons de « Haute-Banque », des banques locales, du Crédit Mobilier et du Crédit Foncier et s’achève avec la création des grandes banques commerciales françaises entre 1860 et 1870, (le CNEP, un des ancêtres de la BNP, le CIC, le Crédit Lyonnais, la Société Générale, etc.).

La phase du développement intensif du système bancaire démarrera après la crise de 1870 et s’étendra jusqu’à la grande crise de 1929. Durant cette période, le système bancaire français conquiert l’espace économique national. Le maillage bancaire de la France s’est achevé, les banques se sont spécialisées et modernisées.

Revenons en 1800, où, pour relancer l’économie et augmenter la quantité de monnaie en circulation, Napoléon Bonaparte, publie un décret permettant la création de la Banque de France. L’établissement installe son siège à l’hôtel de Toulouse à Paris et reçoit 30 millions de francs pour amorcer son activité et garantir les dépôts. La Banque de France compte parmi ses principaux clients des banques commerciales qui prêtent de l’argent aux particuliers. Le privilège d’émission des billets limité à la capitale s’étendra à toute la France à partir de 1848.

Le monde bancaire du début du XIX est alors constitué de ce qui est appelé « la Haute Banque » que l’on peut définir comme suit en suivant les préconisations de Nicolas Stoskopf de l’Université de Haute-Alsace :

La haute banque forme une élite qui se distingue par son honorabilité, son renom, sa solidité, sa stabilité et donc par la valeur de sa signature qui inspire la plus grande confiance.

Elles est organisée sur une base familiale, sous la forme de sociétés, qui permettent un véritable osmose entre la famille et l’entreprise : la structure familiale et l’identification personnelle sont les conditions de la confiance.

Elle s’occupe des grandes affaires, celles qui ont une dimension internationale, et, à ce titre, elle intervient dans le négoce et sur le marché des capitaux, celles aussi qui concernent de près l’Etat, par le biais d’adjudications d’emprunts. (…) On peut alors s’en tenir à une proposition de définition très simple : la haute banque regroupe des entreprises individuelles ou des sociétés de personnes qui se reconnaissent et se cooptent mutuellement ; elle forme une élite bancaire qui se distingue par son honorabilité, sa puissance financière et ses activités tournées vers le marché international des capitaux et le service de l’Etat.

La Haute Banque termine sa constitution pendant la première moitié du dix-neuvième siècle. Certaines maisons avaient déjà pratiqué e métier avant 1789, comme les Mallet, établis à Paris depuis 1713. D’autres y sont venues plus tardivement, comme les Rothschild et d’autres encore, comme les Mirabaud, s’y installent seulement sous la monarchie de Juillet (1830-1848).

Le développement de la haute banque est contemporaine de celui des réseaux sociaux de l’époque : clubs ou cercles auxquels de nombreux banquiers appartenaient. Il est assez difficile de définir ce qu’est un banquier à cette époque car aucune loi bancaire ne réglemente la profession. C’est par la description de leurs activités issue des rapports des inspecteurs de la Banque de France sur le territoire que nous pouvons en avoir une idée plus précise.

Pour exercer l’activité de banquiers, la plupart d’entre eux utilisent leur fortune personnelle, les capitaux que leur ont confiés leurs parents ou des riches relations. La notion de confiance est la base du système. Ces « marchands-banquiers » jouent un rôle actif dans le commerce du blé, tabac, mercure, cotonnades…etc. Ils financent le négoce international et ils entretiennent d’étroites relations avec les principales places financières européennes, comme la City de Londres. Ils s’associent pour constituer des syndicats de placement, ils favorisent la mise en œuvre de grands emprunts d’État, français et étrangers. L’époque est très dense économiquement et politiquement. Les banquiers sont impliqués dans tout types d’aventures : création des premières caisses d’épargne, des nouvelles compagnies d’assurances, aménagement des nouveaux quartiers urbains, achat de domaine viticoles de prestige comme le clos de Vougeot acquis par la famille Bouault, par exemple. Enfin, ils participent activement à la dynamique des constructions ferroviaires qui marque les dernières années de la monarchie de Juillet. Plusieurs d’entre eux jouent un rôle politique important. Le mélange banquier, homme politique et homme d’affaire est un cocktail courant de cette époque passionnante.

Ce foisonnement d’activités nécessite un système bancaire structuré et efficace pour accompagner la réalisation de l’ensemble des projets. C’est bien là le début du déclin des banques locales au profit des banques de réseaux capables de capter les dépôts puis de les transformer en financement long terme au service de l’économie dans des volumes importants.

En effet, les idées saint- simoniennes, qui triomphent dans la deuxième partie du XIX ème, ne sont pas favorables aux banques locales. Néanmoins le rôle joué par ces petites banques dans le domaine du financement des petites entreprises, délaissé par les grandes banques, a été une des composantes essentielles de la croissance économique.

Le « réseau » des banquiers locaux a bien tenté de résister face aux monstres de la banque de dépôts : il existe trois phases distinctes dans les stratégies mises en œuvre: de 1800 à 1880 environ, en l’absence de concurrence des grandes banques, les banques locales ont des activités polyvalentes. Elles sont implantées au cœur de l’économie du territoire où elles se trouvent physiquement et jouent leur rôle de banquier : réduire l’asymétrie d’information qui existe entre le prêteur et l’emprunteur afin de sécuriser les transactions et faciliter les échanges économiques. Ces banquiers locaux, appelés escompteurs constituent un milieu complexe et hiérarchisé décrit dans l’ouvrage de référence de Michel Lescure, « Banques locales et banques régionales en France au XIXe siècle ». Leurs moyens sont limités, mais ils peuvent en cas de besoin s’appuyer sur la maison parisienne dont ils sont les correspondants, et ils se refinancent généralement auprès de la succursale de la Banque de France la plus proche. Celle-ci, qui jouit depuis 1848 du monopole de l’émission, s’est engagée en 1857 à ouvrir au moins une succursale par département. Les entrepreneurs de confiance ont toujours la possibilité d’y réescompter une partie des effets de commerce qu’ils détiennent À partir de 1880, on assiste à un réajustement des tâches des banques locales qui se concentrent sur le papier commercial de second ordre et au développement des crédits en comptes courants. Enfin, depuis le début du siècle, les banques régionales constituent leurs propres réseaux de succursales, au détriment des banques locales qui sont petit à petit absorbées.

Quand ils disparaîtront, surtout après 1930, ces banquiers locaux proches de leurs clients et bien intégrés à l’économie de leur contrée seront regrettés.

Il est impossible de ne pas faire une analogie avec la transformation que la banque de détail connaît aujourd’hui : de nouveaux besoins dont la banque en quête de changement de modèle peine à cerner les contours.

Certains banquiers comme Jacques Lafitte ou les frères Pereire tentent de mettre en place ce nouveau système bancaire. Se crée à cette époque le réseau des banques d’affaires : les frères Pereire mettent en place un système de financement par obligation des entreprises, qui, malgré la faillite de la banque en 1867, influence le reste du secteur, où les Rothschild conservent leur position. Autre banque à fournir des crédits à long terme, le Crédit foncier est créé en 1852.

Le réseau des banques de dépôt apparaît aussi à l’époque : le Crédit industriel et commercial (1859), Le Crédit Lyonnais (1863), la Société générale en 1864. Ces banques permettent de drainer l’argent des petits épargnants.

La distinction nette des banques de dépôts et des banques d’affaires ne se fera que progressivement, à l’initiative d’Henri Germain, fondateur du Crédit lyonnais afin d’assurer la stabilité du système bancaire. Cette période de l’histoire de la Banque qui accompagne le développement économique, au cœur des transformations de la société est absolument passionnante et sera développée au fil du temps sur notre site Culture Banque :-)

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Nicolas SEGARD

Carrière dans un réseau en France, marché particulier, privé, professionnel, management d’unité. Responsable du développement des assurances dans une Direction de Réseau.

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