La banque en france vit beaucoup de transformations liĂ©es aux nouveaux comportements dâachats des clients. Cette Ă©volution impose une adaptation du modĂšle de distribution des produits bancaires. Lâune des clĂ©s pour rĂ©ussir cette transformation est de se concentrer sur la relation client qui gagne en complexitĂ©.
Dans le domaine des services, l’Ă©conomie de la fonctionnalitĂ© qui est une logique centrĂ©e sur la valeur devient prĂ©pondĂ©rante. Renault ne vend plus des voitures, mais de la mobilitĂ©. Danone ne vend plus des yaourts, mais de la santĂ©, Michelin ne facture plus des pneus mais des kilomĂštres parcourus, etc, etcâŠ
Lâune des grilles de lecture de la relation client est lâĂ©tude du parcours dâachat du client qui est devenu un « digital searcher ».
Quels Ă©lĂ©ments initient son besoin, comment sâinforme-t-il, comment construit-il son choix et quâen est-il ensuite ?
Le parcours client doit donc ĂȘtre revisitĂ© sous lâangle de ce qui a de la valeur, ce qui est utile pour le client.
Quel est ce parcours client en banque ?
Le parcours client
Il est composé de cinq étapes :
- lâinitiation du besoin
- la phase dâinformation
- la phase du choix
- La signature
- Le SAV
Chaque Ă©tape doit ĂȘtre revue sous le regard de la nouvelle interface digitale (DĂ©couvrez l’article sur l’innovation en banque de dĂ©tail). Lâenjeu est dâapprĂ©hender la relation client Ă travers lâensemble des canaux en comprenant quelle fonction est attachĂ©e Ă quel canal :
- Que vient faire un client en agence ?
- Que fait un client sur le site internet de sa banque?
- Que fait un client avec lâapplication smart phone de sa banque ?
Plus globalement, comment rendre efficiente lâinterface « phygitale » (mĂȘlant agence physique et monde digital, voir Phygital and other digital challenges for retail banks â Kurt Salmon EFMA â Juillet 2013) pour transformer au mieux les projets des clients en solutions bancaires.
Un parcours dynamique rempli dâincertitudes
Lâanalyse ne doit pas se faire uniquement sur les composantes du parcours client mais sur les interactions qui en dĂ©coulent.
Il faut comprendre ce qui lie les phases entres elles et quels acteurs interviennent Ă chaque phase. Comprendre comment Ă partir dâun besoin qui va sâinitier (par le conseiller ou directement par le client comme par exemple : je finance lâachat de ma voiture) le client passera de la phase dâinformation oĂč la confusion et la quantitĂ© dâinformation vont crĂ©er de lâincertitude (DĂ©couvrez l’article sur la recherche d’information bancaire de Luc Truntzler), Ă la prise de  dĂ©cision qui est une sorte de retour Ă un Ă©tat stable.
Câest bien lĂ que le conseiller bancaire doit retrouver de la valeur ajoutĂ©e et arrĂȘter dâĂȘtre perçu comme un « agent de rentabilitĂ© » (voir La banque et lâassurance face aux mass affluent – Juin 2013 – Xerfi).
Le rĂŽle du conseiller bancaire est dâaider son client, de le guider Ă travers la vĂ©ritable complexitĂ© que reprĂ©sente un parcours client « phygital ». Câest Ă dire personnaliser les produits, services et conseils en fournissant une proposition qui correspond non seulement au besoin du client mais aussi Ă la façon dont il souhaite prendre sa dĂ©cision dâachat :  92% des clients vont dâabord sur les autres canaux pour rechercher de lâinformation avant de venir rencontrer un conseiller bancaire.
Son objectif est de sâassurer par lâĂ©coute du niveau dâinformation dont dispose son client. Il doit lâaider Ă valider ou non les informations pertinentes trouvĂ©es sur les diffĂ©rents canaux afin quâavec le client,  une solution soit co-construite, lui permettant de comprendre les enjeux de sa dĂ©cision dâachat.
Exemple :
Typiquement, un client va venir en agence pour un prĂȘt immobilier avec comme seule information un taux dâintĂ©rĂȘt trouvĂ© sur internet. Et cela sans imaginer quâil va Ă©voquer avec le conseiller des sujets liĂ©s au projet immobilier qui ont pourtant une importance cruciale : lâassurance dĂ©cĂšs invaliditĂ© et ses exclusions parfois sournoises qui peuvent ĂȘtre un risque pour la famille, lâassurance du bien financĂ© avec la prise en charge des Ă©chĂ©ances de prĂȘt et le relogement en cas de sinistre important, la vĂ©rification de la construction de la maison et la garantie dommage ouvrage, la continuitĂ© de lâĂ©pargne post-projet, le type de garanties rĂ©elles ou avec caution, lâachat immobilier dans le cadre dâune construction patrimoniale, l’intĂ©rĂȘt ou non de constituer une SCI, lâimpact de lâendettement sur la capacitĂ© Ă financer les autres projets ( Ă©tude des enfants, retraite, changement de voiture) etc, etcâŠ
Finalement, le projet trouve une solution en co-construction entre la banque, le client et lâinterface digitale par un processus dynamique de mise en ordre croissant des informations qui servent Ă construire la dĂ©cision.
Lorsque que le client, grĂące Ă lâexpertise et au mĂ©tier de son conseiller, aura intĂ©grĂ© toutes les variables attachĂ©es Ă son projet, sa prise de dĂ©cision sera structurĂ©e et  la relation de confiance sera renforcĂ©e.
Cela est dâautant plus important que la phase de SAV qui correspond Ă lâĂ©valuation post-achat de la qualitĂ© de service peut devenir gĂ©nĂ©ratrice dâinsatisfaction ce qui risque de dĂ©truire la valeur qui vient dâĂȘtre créée car la dĂ©cision nâa pas Ă©tĂ© prise en toute connaissance de cause.
Dans lâindustrie de la distribution, ce modĂšle semble prendre ses marques comme le montre l’exemple des magasins BUT. Le directeur Internet de But, V.Levy tĂ©moigne des rĂ©sultats obtenus avec une stratĂ©gie centrĂ©e sur la notion d’expĂ©rience client:
 » Son idĂ©e fixe ? Enrichir l’expĂ©rience client ainsi que son parcours d’achat tout en redirigeant, en temps rĂ©el, le chiffre d’affaires gĂ©nĂ©rĂ© par l’un de ces canaux de vente auprĂšs du point de vente situĂ© dans la zone de chalandise de l’acheteur. Et ça marche puisque, dans certains points de vente du groupe, le Web pĂšse dĂ©jĂ jusqu’Ă 12 % du chiffre d’affaires gĂ©nĂ©rĂ©. »
Vincent Levy, directeur internet chez But International, http://www.ecommercemag.fr/Breves/Vincent-Levy-directeur-internet-chez-But-International-L-obsession-du-cross-canal-53910.htm
La maitrise du parcours client 2.0
L’utilisation des rĂ©seaux sociaux ( FB et Twitter) devient une vĂ©ritable opportunitĂ© pour que le conseiller intervienne dans la phase de recherche d’information et rĂ©ponde en direct aux questions d’un client qui a besoin dâimmĂ©diatetĂ© pour prendre sa dĂ©cision. Cela renforce la co-construction de la solution, son auto-organisation en fonction d’Ă©lĂ©ments, d’informations qui s’associent pour finalement rendre ce parcours d’achat clair et intuitif.
La dĂ©cision d’achat sera le rĂ©sultat de processus antagonistes, lâun de construction de la solution, lâautre de dĂ©construction des idĂ©es reçues, des informations « en vrac » trouvĂ©es lors de la phase d’information sur internet sans Ă©valuation de leurs pertinences.
La dĂ©cision d’achat nâest pas un processus statique mais un processus de dĂ©sorganisation liĂ©e Ă l’afflux d’informations disponibles sur le web, suivie de rĂ©organisation grĂące Ă l’expertise attendue du conseiller. Mais cette expertise doit intervenir lors de la phase d’information par l’intermĂ©diaire de l’interface digitale, notamment des rĂ©seaux sociaux.
Et, malheureusement pour le Lean management, il faut accepter la part de hasard dans ce parcours d’achat. Le hasard nâest pas dans notre cas lâabsence de causes, câest ce qui nâest pas programmĂ©. Câest ce que rencontre le client au grĂšs de sa recherche d’informations qui nâĂ©tait pas prĂ©vu. C’est lĂ que commence l’organisation de la solution.
Deux chemins peuvent ĂȘtre explorĂ©s pour satisfaire ce nouveau parcours client :
Si l’on se rĂ©fĂšre au conclusions du cabinet Gartner et Ă son cycle dâadoption des technologies Ă©mergentes (hype cycle) aux mĂ©dias sociaux, deux technologies devraient impacter fortement le parcours client 2.0 dans la banque de dĂ©tail :
- La co-navigation sociale qui va permettre Ă deux utilisateurs de parcourir ensemble, Ă travers leur navigateur respectif, un site web avec tout ou partie d’un rĂ©seau social.
- L’interface client collaborative qui permettra Ă un conseiller bancaire et Ă son client de partager simultanĂ©ment la mĂȘme « application mĂ©tier ». Avec ce type de services sur mesure, l’entreprise participe activement Ă la rĂ©solution des problĂšmes de son client : un projet immobilier dont la recherche d’information s’est faite sur un site de recherche de taux se poursuit dans le bureau d’un conseiller en agence, puis, grĂące au partage du logiciel de prĂȘt immobilier, le client retourne chez lui sur le site de la banque pour finaliser les dĂ©tails du projet : changer l’apport, les quotitĂ©s d’assurance, faire un devis d’assurance habitation, etc…
En intĂ©grant le monde digital Ă lâagence via le conseiller, la confiance qui a Ă©tĂ© dĂ©gradĂ©e entre les clients et la banque peut trouver le chemin de la reconstruction.
C’est Ă la banque de surprendre ses clients en prenant la main de ce parcours client. C’est Ă la banque de rendre possible cet Ă©tat de l’interface digitale qui facilitera la prise de dĂ©cision des clients. Le dĂ©roulement des Ă©tapes qui dĂ©butent par un projet pour se concrĂ©tiser grĂące Ă une solution bancaire doit ĂȘtre revu au regard de l’innovation qu’apporte le monde digital pour la relation client dans la banque.
Le client sera satisfait et finalement, la construction du PNB se fera au sein d’une agence « phygitale », intuitive au client et de nouveau crĂ©atrice de valeur pour l’activitĂ© bancaire au quotidien.
Merci Nicolas pour cette nouvelle réflexion intéressante et constructive autour du parcours « phygitale » !
Cela m’a fait pensĂ© en partie Ă cette innovation mise en place pour la Caisse D’Epargne pour qu’un conseiller puisse suivre ses clients sur le site http://pro.01net.com/editorial/598405/la-caisse-depargne-rapproche-ses-conseillers-de-leurs-clients/
En effet Luc, j’en parle aussi dans cet article https://www.culturebanque.com/nouvelles-technologies-relation-client/ sur les nouvelles technologies au service de la relation client đ
Merci encore Nicolas pour cette contribution!