De nouveaux entrants sur le marché du Patrimoine ?
Les pĂ©riodes de crise sont toujours lâoccasion de se reposer des questions, de dĂ©finir des problĂ©matiques et dâune certaine maniĂšre de revenir aux basiques !
Comme le rappelait Jean-Yves Archer dans son billet sur « L’indispensable reconstruction des banques privĂ©es » (le cercle des Ă©chos â mai 2012), « Des choses anciennes procĂšdent les nouvelles » (e veteris nova, SĂ©nĂšque, De Clementia XXV). Revenons Ă la dĂ©finition du patrimoine et essayons dâen faire une opportunitĂ© pour la banque et ses clients de revenir Ă un sujet de plus en plus difficile : faire le bon choix.
Le patrimoine est constituĂ© par l’ensemble des biens qui appartiennent Ă une personne physique ou morale. Il  inclus les droits et actions s’y rapportant. Câest aussi l’ensemble des actifs dĂ©tenus par un particulier ou une entreprise. Il est constituĂ© par l’ensemble des revenus perçus dont il dispose, ainsi que tous les actifs que peut possĂ©der un individu ou une entreprise.
De maniĂšre rĂ©sumĂ©e, le patrimoine, câest les flux + le stock !
Les flux, ce sont les revenus du travail ou du patrimoine (du stock). Le stock est constituĂ© des actifs sous toutes formes possibles : immobiliers, financiers, mobiliers, Ćuvres dâart, etc⊠Lâactif est brut ou net en fonction de lâexistence ou non dâun passif (un prĂȘt).
Mon propos a pour objet les nouveaux entrants sur la partie du flux.
En effet, les banques françaises nâont sans doute pas assez cherchĂ© les concurrents oĂč ils Ă©taient. Sur la partie du stock, le marchĂ© est certes contestable mais assez bien occupĂ© par des acteurs disposant de la compĂ©tence technique en la matiĂšre, ce qui constitue presque naturellement un cloisonnement pour les nouveaux entrant nâayant pas cette compĂ©tence.
Revenons donc au flux, la composante oubliée du patrimoine.
L’Ă©volution des prĂ©occupations financiĂšres
Que sâest-il passĂ© depuis 15 ans sur le flux des clients ?
Reformulé : qui prenaient quelles parts du gùteau avant et qui prend quelles parts du gùteau maintenant ?
Avant (il y a 15 ans), le coĂ»t du logement nâĂ©tait pas ce quâil est aujourdâhui (voir note dâanalyse du centre dâanalyse stratĂ©gique N°221 dâavril 2011), lâimmobilier valait trois fois moins cher dans les zones dâactivitĂ©s Ă©conomiques. Le coĂ»t du chauffage nâĂ©tait pas un sujet. Le plein dâessence Ă©tait une contrainte de temps et non de prix. Faire des Ă©tudes, mĂȘme dans une grande Ă©cole ne coĂ»tait pas lâĂ©quivalent de 45000 euros (300000 francs) pour trois ans. La dĂ©pendance se dĂ©finissait par rapport Ă lâalcool ou Ă la cigarette, pas par rapport aux conditions dans lesquelles nous vieillissons. La retraite, pas de problĂšme ! On pouvait mĂȘme passer une semaine au ski en famille Ă Courchevel. Enfin, ça non, ça nâa jamais Ă©tĂ© possible.
Il manque une donnĂ©e Ă ces postes de dĂ©penses courantes : lâaccĂšs au monde du multimĂ©dia.
Avoir la tĂ©lĂ© se rĂ©sumait Ă un rĂąteau sur le toit et pour les plus riches, lâabonnement Ă Canal. Apple nâavait pas encore fait la rĂ©volution iPhone et lâInternet balbutiait. La notion technique de « reste Ă vivre » nâavait pas tant dâimportance.
Aujourdâhui, la banque se rĂ©veille et aborde les clients par rapport Ă leurs besoins et Ă leurs projets. Les solutions proposĂ©es sont de type : prĂ©parer sa retraite, faire face aux imprĂ©vus, solutions dĂ©pendance, se constituer un patrimoine financier, prĂ©voir de payer ses impĂŽts, se constituer un apport pour un projet immobilier, protĂ©ger ses proches etc âŠ
Toutes ces solutions ou presque passent par la mise en place dâĂ©pargne programmĂ©e ou de cotisations pour la prĂ©voyance. C’est-Ă -dire par la captation dâune partie du flux confiĂ© chaque mois Ă la banque : le revenu. Et lĂ , oh surprise, ce ne sont pas des banquiers qui  sont dĂ©jĂ positionnĂ©s, ce sont des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©phone, des fournisseurs dâĂ©nergie, des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, des achats de tickets de loterie, des paris sportifs, etcâŠ
Ce ne sont pas des concurrents « bancaires » mais, ils ont bien pris possession de leur part des flux mensuels pour assurer leur chiffre dâaffaire rĂ©curent. Tant et si bien quâaujourdâhui, alors que, par exemple, le sujet de la prĂ©paration de la retraite est fondamental pour toute personne de 25 Ă 50 ans, la proposition de la banque nâest pas acceptĂ©e spontanĂ©ment par le client car elle rentre dans un parcours dâachat, un processus de prise de dĂ©cision oĂč le client fait un choix. Une Ă©tude montre que 83% des actifs sont inquiets quant au montant de leur retraite. Mais le choix se fait en fonction du reste Ă vivre, de la part quâil reste du gĂąteau que constitue la captation des flux mensuels du client.
Je ne discute pas de la qualité du choix des clients et de leur liberté de choix.
Remise en question des pratiques bancaires
Les clients se plaignent du manque de valeur ajoutĂ©e dans les conseils des banquiers et parallĂšlement, les sujets de la retraite, de la dĂ©pendance, du financement des Ă©tudes, du financement du patrimoine et des impĂŽts liĂ©s, de la protection de la famille se retrouvent dans le mĂȘme « sac » quâun abonnement de smartphone ou Ă une chaĂźne privĂ©e au regard de la prise de dĂ©cision pour dĂ©penser 40 ou 50 euros par mois.
La responsabilitĂ© de cette situation est partagĂ©e. Mais si la banque sâĂ©tait tournĂ©e vers son client un peu plus tĂŽt (c’est-Ă -dire sans attendre une crise), ces sujets de sociĂ©tĂ©s auraient sans doute dĂ©jĂ trouvĂ© des solutions « gagnant – gagnant » Ă trois parties : le client, la banque et lâĂ©tat. Une forme de co-construction rĂ©pondant Ă des sujets devenus aujourdâhui une source dâinĂ©galitĂ© bientĂŽt impossible Ă financer.
Si vous nâĂȘtes pas convaincu du bien fondĂ© du thĂšme « faire le bon choix », je vous invite Ă regarder la confĂ©rence TED de Shlomo Benartzi : « Epargner pour demain, demain ». De novembre 2011. En voici un extrait saisissant :
[quote]Combien d’entre vous ont des iPhones? Alors? (80% de la salle lĂšve la main)Magnifique. Je serais prĂȘt Ă parier que beaucoup parmi vous assurent leur iPhone – vous prenez implicitement une assurance en ayant une extension de garantie. Et si vous perdez votre iPhone? Et si ça arrive? Combien d’entre vous ont des enfants? Personne ? Gardez vos mains levĂ©es si vous avez une assurance-vie suffisante. Je vois beaucoup de mains qui se baissent. Je prĂ©dis, si vous ĂȘtes un Ă©chantillon reprĂ©sentatif, que beaucoup parmi vous assurez plus vos iPhones que vos vies, mĂȘme si vous avez des enfants. Nous ne nous y prenons pas bien quand il s’agit d’assurance.[/quote]
Pour en savoir plus, intĂ©ressez-vous Ă Save More Tomorrow (Ă©conomiser plus demain). C’est un programme que Richard Thaler de l’UniversitĂ© de Chicago a mis au point il y a 15 ans, lorsque la captation du flux mensuel nâĂ©tait pas si disputĂ©e.
Lâenjeu de demain pour la banque de dĂ©tail est donc de considĂ©rer lâapproche par les projets et les besoins de nos clients avec un regard Ă©largi Ă lâenvironnement du client et non simplement Ă lâenvironnement de la banque. Ainsi, les conseils prodiguĂ©s par le conseiller seront porteurs de valeur ajoutĂ©e perçue par le client et gĂ©nĂ©rateur de progrĂšs pour lâensemble des parties prenantes sur des sujets aussi crĂ©ateurs dâinĂ©galitĂ©s et de coĂ»ts collectifs lorsquâil est trop tard pour agir. Le nouvel entrant sur le marchĂ© du patrimoine, câest le conseil.

Le lien de la conf Ted X :
http://www.ted.com/talks/shlomo_benartzi_saving_more_tomorrow.html
merci, les internautes apprécieront
Quel bon sens ! Je partage Ă 100%. Et pourtant le saut de compĂ©tence semble si difficile pour les rĂ©seaux ! C’est tout le pilotage et l’animation qu’il faut refondre. Un sujet qui a de l’avenir…
Merci !
la banque de dĂ©tail est un paquebot lent Ă manoeuvrer… mais efficace pour appliquer de nouvelles stratĂ©gies. CF la banque de dĂ©tail se rebiffe !