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Des acteurs non-bancaires s’emparent du patrimoine des Français !

Par 5 novembre 20124 commentaires8 minutes de lecture

De nouveaux entrants sur le marché du Patrimoine ?

Les pĂ©riodes de crise sont toujours l’occasion de se reposer des questions, de dĂ©finir des problĂ©matiques et d’une certaine maniĂšre de revenir aux basiques !

Comme le rappelait Jean-Yves Archer dans son billet sur « L’indispensable reconstruction des banques privĂ©es » (le cercle des Ă©chos – mai 2012), « Des choses anciennes procĂšdent les nouvelles » (e veteris nova, SĂ©nĂšque, De Clementia XXV). Revenons Ă  la dĂ©finition du patrimoine et essayons d’en faire une opportunitĂ© pour la banque et ses clients de revenir Ă  un sujet de plus en plus difficile : faire le bon choix.

Le patrimoine est constituĂ© par l’ensemble des biens qui appartiennent Ă  une personne physique ou morale. Il  inclus les droits et actions s’y rapportant. C’est aussi l’ensemble des actifs dĂ©tenus par un particulier ou une entreprise. Il est constituĂ© par l’ensemble des revenus perçus dont il dispose, ainsi que tous les actifs que peut possĂ©der un individu ou une entreprise.

De maniĂšre rĂ©sumĂ©e, le patrimoine, c’est les flux + le stock !

Les flux, ce sont les revenus du travail ou du patrimoine (du stock). Le stock est constituĂ© des actifs sous toutes formes possibles : immobiliers, financiers, mobiliers, Ɠuvres d’art, etc
 L’actif est brut ou net en fonction de l’existence ou non d’un passif (un prĂȘt).

Mon propos a pour objet les nouveaux entrants sur la partie du flux.

En effet, les banques françaises n’ont sans doute pas assez cherchĂ© les concurrents oĂč ils Ă©taient. Sur la partie du stock, le marchĂ© est certes contestable mais assez bien occupĂ© par des acteurs disposant de la compĂ©tence technique en la matiĂšre, ce qui constitue presque naturellement un cloisonnement pour les nouveaux entrant n’ayant pas cette compĂ©tence.

Revenons donc au flux, la composante oubliée du patrimoine.

L’Ă©volution des prĂ©occupations financiĂšres

Que s’est-il passĂ© depuis 15 ans sur le flux des clients ?

Reformulé : qui prenaient quelles parts du gùteau avant et qui prend quelles parts du gùteau maintenant ?

Avant (il y a 15 ans), le coĂ»t du logement n’était pas ce qu’il est aujourd’hui (voir note d’analyse du centre d’analyse stratĂ©gique N°221 d’avril 2011), l’immobilier valait trois fois moins cher dans les zones d’activitĂ©s Ă©conomiques. Le coĂ»t du chauffage n’était pas un sujet. Le plein d’essence Ă©tait une contrainte de temps et non de prix. Faire des Ă©tudes, mĂȘme dans une grande Ă©cole ne coĂ»tait pas l’équivalent de 45000 euros (300000 francs) pour trois ans. La dĂ©pendance se dĂ©finissait par rapport Ă  l’alcool ou Ă  la cigarette, pas par rapport aux conditions dans lesquelles nous vieillissons. La retraite, pas de problĂšme ! On pouvait mĂȘme passer une semaine au ski en famille Ă  Courchevel. Enfin, ça non, ça n’a jamais Ă©tĂ© possible.

Il manque une donnĂ©e Ă  ces postes de dĂ©penses courantes : l’accĂšs au monde du multimĂ©dia.

Avoir la tĂ©lĂ© se rĂ©sumait Ă  un rĂąteau sur le toit et pour les plus riches, l’abonnement Ă  Canal. Apple n’avait pas encore fait la rĂ©volution iPhone et l’Internet balbutiait. La notion technique de « reste Ă  vivre » n’avait pas tant d’importance.

Aujourd’hui, la banque se rĂ©veille et aborde les clients par rapport Ă  leurs besoins et Ă  leurs projets. Les solutions proposĂ©es sont de type : prĂ©parer sa retraite, faire face aux imprĂ©vus, solutions dĂ©pendance, se constituer un patrimoine financier, prĂ©voir de payer ses impĂŽts, se constituer un apport pour un projet immobilier, protĂ©ger ses proches etc 


Toutes ces solutions ou presque passent par la mise en place d’épargne programmĂ©e ou de cotisations pour la prĂ©voyance. C’est-Ă -dire par la captation d’une partie du flux confiĂ© chaque mois Ă  la banque : le revenu. Et lĂ , oh surprise, ce ne sont pas des banquiers qui  sont dĂ©jĂ  positionnĂ©s, ce sont des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©phone, des fournisseurs d’énergie, des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, des achats de tickets de loterie, des paris sportifs, etc


Ce ne sont pas des concurrents « bancaires » mais, ils ont bien pris possession de leur part des flux mensuels pour assurer leur chiffre d’affaire rĂ©curent. Tant et si bien qu’aujourd’hui, alors que, par exemple, le sujet de la prĂ©paration de la retraite est fondamental pour toute personne de 25 Ă  50 ans, la proposition de la banque n’est pas acceptĂ©e spontanĂ©ment par le client car elle rentre dans un parcours d’achat, un processus de prise de dĂ©cision oĂč le client fait un choix. Une Ă©tude montre que 83% des actifs sont inquiets quant au montant de leur retraite. Mais le choix se fait en fonction du reste Ă  vivre, de la part qu’il reste du gĂąteau que constitue la captation des flux mensuels du client.

Je ne discute pas de la qualité du choix des clients et de leur liberté de choix.

Remise en question des pratiques bancaires

Les clients se plaignent du manque de valeur ajoutĂ©e dans les conseils des banquiers et parallĂšlement, les sujets de la retraite, de la dĂ©pendance, du financement des Ă©tudes, du financement du patrimoine et des impĂŽts liĂ©s, de la protection de la famille se retrouvent dans le mĂȘme « sac » qu’un abonnement de smartphone ou Ă  une chaĂźne privĂ©e au regard de la prise de dĂ©cision pour dĂ©penser 40 ou 50 euros par mois.

La responsabilitĂ© de cette situation est partagĂ©e. Mais si la banque s’était tournĂ©e vers son client un peu plus tĂŽt (c’est-Ă -dire sans attendre une crise), ces sujets de sociĂ©tĂ©s auraient sans doute dĂ©jĂ  trouvĂ© des solutions « gagnant – gagnant » Ă  trois parties : le client, la banque et l’état. Une forme de co-construction rĂ©pondant Ă  des sujets devenus aujourd’hui une source d’inĂ©galitĂ© bientĂŽt impossible Ă  financer.

Si vous n’ĂȘtes pas convaincu du bien fondĂ© du thĂšme « faire le bon choix », je vous invite Ă  regarder la confĂ©rence TED de Shlomo Benartzi : « Epargner pour demain, demain ». De novembre 2011. En voici un extrait saisissant :

[quote]Combien d’entre vous ont des iPhones? Alors? (80% de la salle lĂšve la main)Magnifique. Je serais prĂȘt Ă  parier que beaucoup parmi vous assurent leur iPhone – vous prenez implicitement une assurance en ayant une extension de garantie. Et si vous perdez votre iPhone? Et si ça arrive? Combien d’entre vous ont des enfants? Personne ? Gardez vos mains levĂ©es si vous avez une assurance-vie suffisante. Je vois beaucoup de mains qui se baissent. Je prĂ©dis, si vous ĂȘtes un Ă©chantillon reprĂ©sentatif, que beaucoup parmi vous assurez plus vos iPhones que vos vies, mĂȘme si vous avez des enfants. Nous ne nous y prenons pas bien quand il s’agit d’assurance.[/quote]

Pour en savoir plus, intĂ©ressez-vous Ă  Save More Tomorrow (Ă©conomiser plus demain). C’est un programme que Richard Thaler de l’UniversitĂ© de Chicago a mis au point il y a 15 ans, lorsque la captation du flux mensuel n’était pas si disputĂ©e.

L’enjeu de demain pour la banque de dĂ©tail est donc de considĂ©rer l’approche par les projets et les besoins de nos clients avec un regard Ă©largi Ă  l’environnement du client et non simplement Ă  l’environnement de la banque. Ainsi, les conseils prodiguĂ©s par le conseiller seront porteurs de valeur ajoutĂ©e perçue par le client et gĂ©nĂ©rateur de progrĂšs pour l’ensemble des parties prenantes sur des sujets aussi crĂ©ateurs d’inĂ©galitĂ©s et de coĂ»ts collectifs lorsqu’il est trop tard pour agir. Le nouvel entrant sur le marchĂ© du patrimoine, c’est le conseil.

Nicolas Segard

CarriÚre dans un réseau en France, marché particulier, privé, professionnel, management d'unité. Responsable du développement des assurances dans une Direction de Réseau.

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