Le phĂ©nomĂšne du financement participatif nâest pas une exception française. De nombreux pays se sont mis au crowdfunding en Europe avant mĂȘme que cette innovation financiĂšre soit reconnu en France.
Le financement participatif européen
Les Pays-Bas et lâAngleterre ont Ă©tĂ© conquis par ce nouveau mode de financement dĂšs 2005. Aux Pays-Bas les pouvoirs publics ont vu lâĂ©mergence du financement participatif dâun bon Ćil et ont favorisĂ© (et parfois mĂȘme financĂ©) le dĂ©veloppement des plateformes de crowdfunding, essentiellement pour les projets crĂ©atifs. En Angleterre, câest le crĂ©dit Ă la consommation qui a connu son lot de pionniers, avec Zopa en tĂȘte de proue (dâautres modĂšles dâaffaire ont suivis par aprĂšs plutĂŽt orientĂ©s sur le financement dâentreprise).
Les Pays-Bas et lâAngleterre ont Ă©tĂ© conquis par ce nouveau mode de financement dĂšs 2005.
Le phĂ©nomĂšne est donc bien europĂ©en (et international). Et mĂȘme si les Etats-Unis ont vu initialement certains pays dâEurope comme des pionniers, ils se prĂ©sentent actuellement comme les inventeurs du concept de financement participatif. Ils ont donc rapidement inversĂ© la tendance dans ce domaine et sâinscrivent Ă prĂ©sent en leader au niveau international -bien que trĂšs peu dâinformations circulent sur lâĂ©tat du dĂ©veloppement des plateformes asiatiques qui pourraient ĂȘtre tout aussi avancĂ©es-.
Au niveau europĂ©en, plusieurs pays sont actuellement Ă la manĆuvre du point de vue rĂ©glementaire -dont la France-. LâItalie implĂ©mente actuellement une rĂ©glementation dâinspiration amĂ©ricaine dans ses dĂ©finitions et lâAutriche a rĂ©cemment fait passer une nouvelles loi pour le relĂšvement des plafonds dâinvestissement nĂ©cessitant un prospectus (de type « action cotĂ©e en Bourse »).
Le financement participatif français
la France semble sâacheminer vers une prise de leadership au niveau europĂ©en
Avec une position conservatrice initialement affichĂ©e par ses superviseurs nationaux, la France semble sâacheminer vers une prise de leadership au niveau europĂ©en – du moins pour les quelques mois Ă venir – : nous avons vus le commissaire Michel Barnier organiser un workshop Ă Bruxelles (Commission EuropĂ©enne) en Juin 2013, nous avons vu les assises de lâEntreprenariat en Mai 2013 (parrainĂ©es par la Ministre Fleur Pellerin et voulus par le PrĂ©sident François Hollande en personne) et enfin diverses initiatives de prises de contacts au niveau international visant Ă Ă©tablir une certaine prospective française sur la question.
Alors, mĂȘme sâil ne serait pas opportun de prendre position sur la portĂ©e probable de ces initiatives, il convient de rĂ©flĂ©chir Ă quelques scĂ©narios pour lâĂ©volution du secteur du financement participatif en Europe et ce que cela impliquerait, notamment pour la France.
Scenario 1 : Le financement participatif fait lâobjet dâune rapide prise de position de la part des institutions europĂ©ennes et dâune implĂ©mentation de Directive europĂ©enne subsĂ©quente
Ce scĂ©nario favorisera le secteur du financement participatif dans son ensemble en permettant dâapporter un regard clair et garanti de la structure de marchĂ© futur. Les plateformes qui sâappuient dĂ©jĂ sur des niches rĂ©glementaires dâorigine nationale devront nĂ©anmoins rĂ©viser leur modĂšle opĂ©rationnel ; mais il est indĂ©niable que cela constituera une opportunitĂ©.
Le coĂ»t de lâimplĂ©mentation de la rĂ©glementation serait Ă©galement bien moindre que si des rĂ©glementations dĂ©taillĂ©es doivent ĂȘtre dĂ©ployĂ©es pour chacun des Ă©tats membres -ce qui ne veut pas dire que des adaptations Ă court terme des rĂ©glementations nationales ne soient pas nĂ©cessaires-.
La France qui hĂ©berge un vivier actuellement trĂšs actif de plateformes de financement participatif pourrait trouver au son sein des champions internationaux en devenir (comme lâont Ă©tĂ© DailyMotion ou bien Deezer dans dâautres domaines).
ScĂ©nario 2 : Le financement participatif continue de croĂźtre mais lâEurope nâobtient pas de mandat ni de rĂ©sultat tangible dans la structuration de cette activitĂ©
Ce scĂ©nario est potentiellement peu soutenable car il maintient les plateformes actuelles dans une zone grise dâincertitude lĂ©gale qui ne favorise pas les investissements. Dans ce scĂ©nario, les promoteurs dâune finance plus transparente et plus participative restent confrontĂ©s aux oligopoles Ă©tablis et produit des tensions de plus en plus palpables dans lâactivitĂ© du financement.
Le morcellement du paysage persiste et la création de plateformes de financement de petites tailles (de type start-up) perdure. Celui-ci ne fait que repousser le moment nécessaire de la prise de position publique et claire des institutions européennes.
Dans ce scĂ©nario, la France pourrait voir lâĂ©mergence de plateformes situĂ©es dans dâautres pays plus clĂ©ments (ou sur dâautres continents) et qui pourraient ainsi drainer une partie de lâinvestissement des français et des entreprises françaises et potentiellement Ă©chapper Ă son contrĂŽle.
Seules les plateformes actives dans des grands pays auraient des chances dâatteindre leur seuil de rentabilitĂ© et la finance participative pourrait ne pas Ă©marger dans les petits pays.
Scénario 3 : Le financement participatif connait une crise de croissance et la réglementation nationale de chacun des pays prend durablement le dessus sur une position européenne
Ce scĂ©nario sous-tend quâil y aurait de forts particularismes nationaux dans lâactivitĂ© du financement participatif et que les citoyens europĂ©ens favorables Ă lâĂ©mergence du financement participatif ne parviennent pas Ă faire valoir leurs vues.
Il impliquerait un cout social important si cette crise de croissance du secteur intervenait alors que le marchĂ© du financement participatif Ă©tait dĂ©jĂ trĂšs important. Seules les plateformes actives dans des grands pays auraient des chances dâatteindre leur seuil de rentabilitĂ© et la finance participative pourrait ne pas Ă©marger dans les petits pays. La France serait au final plutĂŽt favorisĂ©e car elle dispose dâun marchĂ© intĂ©rieur relativement important, relativement sous-Ă©quipĂ© sur les services financiers et qui offriraient de bonnes perspectives aux acteurs du financement participatif alors Ă©tablis.
Cette analyse sommaire nous conduit Ă penser que la France a tout intĂ©rĂȘt soit Ă prendre un leadership europĂ©en pour arriver rapidement Ă lâĂ©mergence dâun cadre europĂ©en (scĂ©nario 1), soit Ă jouer la carte du « particularisme national » et dĂ©fendre ses propres intĂ©rĂȘts (scĂ©nario 3). La prise de position de la France se fera dâailleurs fort probablement dans cet ordre lĂ . PremiĂšrement, une tentative de prise de leadership au niveau et, deuxiĂšmement, faire valoir les qualitĂ©s des plateformes française et des normes de qualitĂ© de service qui auront pu ĂȘtre Ă©tablies.
Suivre le financement participatif au niveau européen
Nous invitons le lecteur à consulter les liens suivants :
TrĂšs intĂ©ressant et trĂšs encourageant aussi pour toutes les plateformes existantes ou en cours de crĂ©ation. 2014 sera peut ĂȘtre l’annĂ©e du crowdfunding en France et en Europe…
Bonjour,
Le crowdfunding prend son temps pour s’installer en France, comme beaucoup de nouveautĂ©s.
A quand le crowdfunding de la formation professionnelle continue ? Ce n’est pas prĂ©vu pour la rĂ©forme en cours autour du CIF des Opacif.
Enfin, nous apprécions aider tout chercheur en financement spécialisé, une demande sur deux est financée en moyenne.
Cordialement,
Mathieu Viltart.
2 suggestions particuliÚrement intéressantes et qui sont déjà dans les cartons des instances concernées.
Il y aura probablement bientot un statut de conseil CIP (pour « participatif »)
Et bien entendu le financement de la recherche fait partie des priorités de certains pouvoirs publics
N’hĂ©sitez pas Ă nous faire part de vos suggestions