Comment uberiser la banque ?

Par 11 janvier 2016Un commentaire5 minutes de lecture
uber banque

A ce stade, force est de constater qu’il y a du mouvement, via les fintech et autres dĂ©marches de crowdfunding, mais que globalement les banques restent sur leur piĂ©destal. Les derniĂšres opĂ©rations en date, rachat de Leetchi, de LePotCommun respectivement par le CrĂ©dit Mutuel Arkea et le groupe BPCE conduisent mĂȘme Ă  penser que les organismes financiers regardent d’en haut ce qu’il se passe et attendent juste de pĂȘcher le bon poisson lorsqu’il arrive Ă  maturitĂ© pour en faire un bon repas.

De la place pour un acteur mobile et centré client

En rĂ©alitĂ©, on peut lĂ©gitimement penser que nous n’avons jamais Ă©tĂ© aussi prĂšs de la rupture du modĂšle. Les banques françaises ne font aucun pas pour aller vers de la relation hyper-personnalisĂ©e, elles restent dans une logique de banque universelle, elles vivent trop en vase clos et ne renoncent in fine Ă  rien (la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale a juste initiĂ© un mouvement de dĂ©sengagement de ses agences). Les banques restent de surcroĂźt Ă©crasĂ©es par le poids de la rĂ©glementation, poids renforcĂ© depuis la mise en place de la supervision europĂ©enne suite Ă  la crise financiĂšre. Bref, elles laissent de la place pour un acteur, mobile, pensĂ© client et affranchi des ratios de solvabilitĂ© et liquiditĂ©.

Mais comment faire, comment s’y prendre pour arriver Ă  faire de la banque, sans ĂȘtre une banque ? (« banking is necessary, banks are not », Bill Gates)

En s’inspirant, de ce qui s’est fait dans le monde du tourisme et de la culture, on peut tout Ă  fait imaginer un modĂšle de type ‘Branch Advisor’. Ce modĂšle pourrait se dĂ©cliner en 4 Ă©tapes :

1) RĂ©alisation d’une application (uniquement sur mobile, le device gĂ©olocalisable qui est au cƓur de la vie des gens) permettant d’évaluer les agences, les conseillers, les services
 quelle que soit l’enseigne, et d’y mettre les commentaires ad’hoc (taux obtenus, commissions versĂ©s, produits innovants, modalitĂ© d’accueil, profil des conseillers, etc
).

2) Sur la base de ces informations captĂ©es, et en y associant les API bancaires disponibles, des donnĂ©es des rĂ©seaux sociaux et de l’open data sur la finance et l’économie, l’application met en place un comparateur sur les crĂ©dits et tarifs obtenus par agence. L’application met Ă©galement Ă  disposition un comparateur du niveau de services des banques, y compris des banques en ligne, de son niveau d’accueil et de sa simplicitĂ© d’usage.

On peut mĂȘme imaginer un modĂšle « marketplace » en marque blanche, articulĂ© autour des moments clĂ©s de la vie des clients (et non pas des produits) ou de leurs envies
 (et ici c’est bien le client qui vient dĂ©clarer son moment de vie Ă  lui, pas celui que la banque a essayĂ© gĂ©nĂ©riquement de prĂ©voir). L’arrivĂ©e de la technologie Blockchain (*) va Ă©galement dans ce sens, car elle va dĂ©placer la zone de confiance sur des micro-services (crĂ©dit consommation, ordre de bourse,
.), confiance qui ne serait pas de fait l’apanage unique des organismes financiers.

3) Sur la base d’un partenariat avec un outil de PFM (du type Bankin), l’application permet ensuite de gĂ©rer sa relation avec les banques et de bĂ©nĂ©ficier des meilleures offres, y compris celles venant des fintech, et cela sans passer par ces organismes financiers.

4) Enfin, la prise de rendez-vous et la mobilitĂ© bancaire (bientĂŽt simplifiĂ©e par la loi Macron) se fait via cette application ‘Branch Advisor’ (Ă©videmment, les banques qui refuseraient d’ouvrir les agendas de leurs conseillers seraient dĂ©favorisĂ©es
)

Un modĂšle Ă©conomique basĂ©e sur les commissions d’intermĂ©diation

Et Ă  ce stade, le modĂšle Ă©conomique se dĂ©gage. L’application prend des commissions d’intermĂ©diation sur chaque opĂ©ration, mĂȘme minimes, sans avoir Ă  supporter la rĂ©glementation, ni le poids d’un rĂ©seau. Le client vient « juste » consommer une banque sans y ĂȘtre pour autant attachĂ©.

Pour se donner le maximum de chance de rĂ©ussir, l’investissement de dĂ©part doit surtout ĂȘtre orientĂ© sur la facilitĂ© d’usage de l’application et le dĂ©veloppement d’un esprit de communautĂ© (Ă  l’image de ce qu’a pu mettre en place Blablacar).

Pour les clients, l’apport de valeur est certain. L’application permet d’apporter un niveau de services inĂ©dit via le modĂšle de comparaison, et les recommandations des clients finaux. Cela ajoute un niveau de transparence et de confiance non encore atteint. Cela leur permet en dĂ©finitive de choisir la meilleure offre selon leurs critĂšres personnels (taux, simplicitĂ©, accueil ou Ăąge des conseillers,
).

En conclusion, cette vision est certainement trop simpliste et peut largement ĂȘtre challengĂ©e (et c’est bien l’objectif de cet article), mais ce ne serait pas la premiĂšre fois qu’une branche Ă©conomique se fasse surprendre par une approche basique, mais tellement orientĂ©e client qu’elle prend le dessus sur le gĂ©ant en place


(*) http://www.revue-banque.fr/management-fonctions-supports/chronique/blockchain-revolution-technologique-les-impacts-po

Pierre-Emmanuel Durand

Banque Digitale, Informatique et Technologie.

Un commentaire

  • credit dit :

    Uberiser la banque… il faudrait que les pouvoirs publics soient sur cet axe. Ils sont plutĂŽt conservateurs et pro-rĂ©glement donc pas enclin Ă  uberiser un secteur qui emploie des emplois non delocalisables.
    Merci pour l’article

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