A ce stade, force est de constater quâil y a du mouvement, via les fintech et autres dĂ©marches de crowdfunding, mais que globalement les banques restent sur leur piĂ©destal. Les derniĂšres opĂ©rations en date, rachat de Leetchi, de LePotCommun respectivement par le CrĂ©dit Mutuel Arkea et le groupe BPCE conduisent mĂȘme Ă penser que les organismes financiers regardent dâen haut ce quâil se passe et attendent juste de pĂȘcher le bon poisson lorsquâil arrive Ă maturitĂ© pour en faire un bon repas.
De la place pour un acteur mobile et centré client
En rĂ©alitĂ©, on peut lĂ©gitimement penser que nous nâavons jamais Ă©tĂ© aussi prĂšs de la rupture du modĂšle. Les banques françaises ne font aucun pas pour aller vers de la relation hyper-personnalisĂ©e, elles restent dans une logique de banque universelle, elles vivent trop en vase clos et ne renoncent in fine Ă rien (la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale a juste initiĂ© un mouvement de dĂ©sengagement de ses agences). Les banques restent de surcroĂźt Ă©crasĂ©es par le poids de la rĂ©glementation, poids renforcĂ© depuis la mise en place de la supervision europĂ©enne suite Ă la crise financiĂšre. Bref, elles laissent de la place pour un acteur, mobile, pensĂ© client et affranchi des ratios de solvabilitĂ© et liquiditĂ©.
Mais comment faire, comment sây prendre pour arriver Ă faire de la banque, sans ĂȘtre une banque ? (« banking is necessary, banks are not », Bill Gates)
En sâinspirant, de ce qui sâest fait dans le monde du tourisme et de la culture, on peut tout Ă fait imaginer un modĂšle de type âBranch Advisorâ. Ce modĂšle pourrait se dĂ©cliner en 4 Ă©tapes :
1) RĂ©alisation dâune application (uniquement sur mobile, le device gĂ©olocalisable qui est au cĆur de la vie des gens) permettant dâĂ©valuer les agences, les conseillers, les services⊠quelle que soit lâenseigne, et dây mettre les commentaires adâhoc (taux obtenus, commissions versĂ©s, produits innovants, modalitĂ© dâaccueil, profil des conseillers, etcâŠ).
2) Sur la base de ces informations captĂ©es, et en y associant les API bancaires disponibles, des donnĂ©es des rĂ©seaux sociaux et de l’open data sur la finance et lâĂ©conomie, lâapplication met en place un comparateur sur les crĂ©dits et tarifs obtenus par agence. Lâapplication met Ă©galement Ă disposition un comparateur du niveau de services des banques, y compris des banques en ligne, de son niveau dâaccueil et de sa simplicitĂ© dâusage.
On peut mĂȘme imaginer un modĂšle « marketplace » en marque blanche, articulĂ© autour des moments clĂ©s de la vie des clients (et non pas des produits) ou de leurs envies⊠(et ici câest bien le client qui vient dĂ©clarer son moment de vie Ă lui, pas celui que la banque a essayĂ© gĂ©nĂ©riquement de prĂ©voir). LâarrivĂ©e de la technologie Blockchain (*) va Ă©galement dans ce sens, car elle va dĂ©placer la zone de confiance sur des micro-services (crĂ©dit consommation, ordre de bourse,âŠ.), confiance qui ne serait pas de fait lâapanage unique des organismes financiers.
3) Sur la base dâun partenariat avec un outil de PFM (du type Bankin), lâapplication permet ensuite de gĂ©rer sa relation avec les banques et de bĂ©nĂ©ficier des meilleures offres, y compris celles venant des fintech, et cela sans passer par ces organismes financiers.
4) Enfin, la prise de rendez-vous et la mobilitĂ© bancaire (bientĂŽt simplifiĂ©e par la loi Macron) se fait via cette application âBranch Advisorâ (Ă©videmment, les banques qui refuseraient dâouvrir les agendas de leurs conseillers seraient dĂ©favorisĂ©esâŠ)
Un modĂšle Ă©conomique basĂ©e sur les commissions dâintermĂ©diation
Et Ă ce stade, le modĂšle Ă©conomique se dĂ©gage. Lâapplication prend des commissions dâintermĂ©diation sur chaque opĂ©ration, mĂȘme minimes, sans avoir Ă supporter la rĂ©glementation, ni le poids dâun rĂ©seau. Le client vient « juste » consommer une banque sans y ĂȘtre pour autant attachĂ©.
Pour se donner le maximum de chance de rĂ©ussir, lâinvestissement de dĂ©part doit surtout ĂȘtre orientĂ© sur la facilitĂ© dâusage de lâapplication et le dĂ©veloppement dâun esprit de communautĂ© (Ă lâimage de ce quâa pu mettre en place Blablacar).
Pour les clients, lâapport de valeur est certain. Lâapplication permet dâapporter un niveau de services inĂ©dit via le modĂšle de comparaison, et les recommandations des clients finaux. Cela ajoute un niveau de transparence et de confiance non encore atteint. Cela leur permet en dĂ©finitive de choisir la meilleure offre selon leurs critĂšres personnels (taux, simplicitĂ©, accueil ou Ăąge des conseillers,âŠ).
En conclusion, cette vision est certainement trop simpliste et peut largement ĂȘtre challengĂ©e (et câest bien lâobjectif de cet article), mais ce ne serait pas la premiĂšre fois quâune branche Ă©conomique se fasse surprendre par une approche basique, mais tellement orientĂ©e client quâelle prend le dessus sur le gĂ©ant en placeâŠ
(*) http://www.revue-banque.fr/management-fonctions-supports/chronique/blockchain-revolution-technologique-les-impacts-po
Uberiser la banque… il faudrait que les pouvoirs publics soient sur cet axe. Ils sont plutĂŽt conservateurs et pro-rĂ©glement donc pas enclin Ă uberiser un secteur qui emploie des emplois non delocalisables.
Merci pour l’article