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Cinq ans après la crise de 2008 : défis et continuité de l’industrie bancaire

Cinq années après la crise de 2008, l’industrie bancaire rencontre des foyers de défis (relations clients, normes comptables, etc) et une obligation de continuité du « daily business » car il n’est pas pensable de réaliser une réforme d’envergure transnationale et simultanée. Essayons de décrire les enjeux et de soumettre quelques propositions.

Il est usuellement admis en sciences humaines que l’individu impressionné par une information d’envergure garde un souvenir fidèle et précis de l’instant. Il en va ainsi du krach d’octobre 1987, du premier pas sur la Lune et plus récemment des attentats de Septembre 2001, il y a un peu plus de dix ans. En économie, cette capacité à mémoriser notre localisation est un phénomène fort rare et généralement limité à la sphère monétaire : ainsi, les citoyens se souviennent généralement bien de ce qu’ils  » faisaient  » au moment de l’annonce d’une dévaluation.

Il n’est donc pas infondé d’observer – à titre introductif – que les évènements bancaires de Septembre 2008 ont marqué l’opinion et que le risque systémique a bel et bien été perçu par des millions d’épargnants et d’acteurs économiques qui se sont quasi-simultanément posé les mêmes questions : Que faudrait-il faire ? Que dois-je décider hic et nunc ?

Sans la confiance en la signature des Etats dispensateurs de garanties, nous savons tous que des milliers de gens n’étaient pas loin de basculer vers l’irrationnel : depuis les files d’attente devant les banques de dépôt jusqu’à des micro-décisions qui auraient relevé de l’absurde.

Par la matière première qu’elle a pour mission de traiter et de pétrir, l’industrie bancaire est donc – qu’on le veuille ou non – une agrégation hétéroclite d’opérateurs économiques singuliers.

Par l’ampleur des relations inter-établissements, sorte d’immense linkage croisé cher aux biologistes, elle constitue un réseau spécifique érigé au rang mal nommé de  » système  » financier là où il n’y a que suite et empilement de décisions aboutissant à une construction disparate.

Traiter ce pan de la question en utilisant la notion de système revient à présupposer un ordre, une cohérence là où il n’y a en réalité qu’une suite d’initiatives privées ( et parfois publiques ) qui matérialisent in fine l’existence d’un secteur économique.

Ce point n’est pas d’ordre sémantique, il est intrinsèquement analytique et porte en lui – au-delà de ce rapide énoncé – les raisons des limites actuelles des actions des régulateurs publics. Comment contrôler un secteur mal identifié, mal  » détouré  » sous prétexte d’une taxinomie erronée ? Comment réguler un secteur objectivement truffé d’asymétrie d’informations et de montages comptables à visée excessivement exonératrice ?

Pourquoi écarter les avancées de la méso-économie là où les approches systémiques ne sont, en réalité, que guère opérantes ?

Pourquoi se fonder sur des présentations de comptes fréquemment dérogatoires du fil commun mais dépassées par les réalités des exploitations ?

Qui ne voit que le débouclage des positions de Lehman Brothers – qui prendront selon les experts, a minima, plusieurs années – ne sonne le glas des espoirs des contrôleurs publics quotidiennement inondés par le véritable flot d’écritures comptables et les flux financiers permanents que ceux-ci sont censés refléter ?

Tel sera d’ailleurs un des défis opérationnels de la future supervision bancaire de l’Union européenne dont la pureté initiale de définition semble hélas déjà remise en question. ( Introduction d’effets de seuils, calendrier étiré vers 2014, etc ).

Face à ce besoin de refondation en amont du démarrage de l’analyse (du raisonnement hypothético-déductif cher aux économistes), il nous paraitrait vraiment approprié que les Pouvoirs publics ne soient pas plus longtemps abusés. En effet, que la profession bancaire soit organisée pour la défense de ses intérêts immédiats et qu’une pyramide puisse être factuellement établie à la lecture des poids relatifs des bilans des grands établissements est un point à concéder. Ceci ne permet toutefois pas intellectuellement ( ou statistiquement, etc ) de conclure à l’existence d’un système.

Cette première approximation – hélas fort répandue et commode – pollue l’action publique et altère la portée opérationnelle de la régulation : j’en suis personnellement convaincu depuis des années ( cf. Tribune libre dans ENA-mensuel d’Avril 1993 ).

Fort de ce premier constat brièvement énonçé – constitutif de ce que Madeleine Grawitz nommait en sciences sociales une  « réification » -, il convient de dresser un état des lieux à l’aube de 2013 suivant trois temps forts.

La confiance envers le système bancaire

Tout d’abord, les banques sont pour longtemps dans un lien délicat avec la notion de confiance. Les enquêtes d’opinion rapportent l’ampleur de la césure et le slogan  » la crise c’est eux mais c’est nous qui la payons !  » ne cesse de prospérer tel un poison dont l’anti-démonstration relève de la gageure.

Les épargnants – incontestablement atteints – en viennent à mélanger un peu tout et confondent parfois leurs pertes objectives sur les marchés boursiers avec le risque de banqueroute financière que le monde a sérieusement croisé il y a quatre ans. Ils stigmatisent leur conseiller d’agence en omettant que le plus jeune étudiant en droit pourrait leur confirmer l’abîme tangible qui existe entre l’effective obligation de moyens et la non-contractuelle obligation de résultats. Confrontés au risque absolu qu’aurait représenté une crise d’illiquidité de plusieurs banques, les épargnants désormais rassurés par la garantie publique opportunément apportée se sont à nouveau focalisés sur l’évaporation des rendements de leurs actifs, sur le  » return  » qu’ils escomptaient de leurs stocks d’épargne.

Si les banques doivent de facto œuvrer pour restaurer la confiance de leurs clients, ces derniers ne doivent pas céder à des assimilations de comptoir qui n’ont rien à voir avec les liens contractuels et commerciaux qui ont été effectivement tissés.

Sur ce sujet où le vent est favorable, le mutisme de l’industrie demeure surprenant.

Il y aura des améliorations car le temps a – ici comme ailleurs – des vertus curatives mais les décideurs des établissements financiers savent in concreto – dans leurs livres – le coût du doute des clients et leur appétence chaque jour plus installée pour les litiges dans des sociétés occidentales où cette tendance est relevée dans de nombreux secteurs économiques.

Des changements internes aux banques

Par-delà cette confiance émoussée ( cf. l’augmentation d’ores et déjà décelable des montants de la monnaie fiduciaire :  » cash is back in the race  » ) et désormais soumise à forte conditionnalité, les banques ont un quadruple défi interne.

1) Les charges salariales des banques

Premier côté de ce carré pour l’instant périlleux, la crise a révélé le véritable format de l’échelle des rémunérations au sein des établissements. Pour ceux des personnels qui sont en mesure de l’accepter, cette échelle des gains demeure choquante car chacun a bien compris qu’elle n’est nullement couplée avec une échelle de responsabilités en cas de mise en péril de l’exploitation.

Sur ce sujet, il faut avancer avec prudence et veiller à la méthode d’analyse. Ainsi, il n’y a pas que dans le secteur bancaire que les virtuoses de l’essor commercial sont très rétribués sans pour autant avoir une échelle de responsabilités comme celle qui est usuellement dévolue par le droit des affaires au mandataire social.

Au prix de modifications de formes organisationnelles évidemment admissibles et gérables, l’industrie bancaire pourrait aisément élargir le nombre de ses mandataires sociaux dans le but avoué d’une diffusion de la responsabilité.

Cette extension numérique – que les Pouvoirs publics pourraient quant à eux sans difficultés majeures requérir – permettrait ainsi d’intégrer les rémunérations – par exemple des traders – sous le coup des dispositions de l’article L 225 – 102 – 1 du Code de commerce (traitant du Rapport annuel sur les rémunérations et avantages) dont on observera au demeurant que leur respect est soumis à attestation (en exactitude et sincérité) des commissaires aux comptes depuis la promulgation du décret de 2006. (D. 2006 – 1566 du 11 Décembre 2006, article 54).

Notre proposition a certes un impact organisationnel à calibrer (créations de filiales thématiques dédiées entrainant la création de mandats sociaux) mais peut être déployée à strict droit constant ce qui constitue un atout au regard de deux éléments bien identifiés : d’une part, l’encombrement parlementaire  post-présidentielle…) du fait d’autres réformes à mettre en œuvre, d’autre part, la nécessaire recherche d’une quote-part maximale de stabilité des situations juridiques.

Si décisions il y a dans le secteur bancaire (Dodd-Franck ou Liikanen), notre analyse nous conduit à énoncer qu’elles seront tôt ou tard transposées à d’autres secteurs ce qui n’altère pas la faisabilité opérationnelle de la proposition.

Une certitude demeure ancrée : ce n’est pas le montant nominal des rémunérations qu’il faut soumettre à la toise, c’est l’exposition au risque que l’exercice irrationnel d’un métier fait courir à l’ensemble. Ce raisonnement – de simple lucidité – est repris dans le récent rapport du Gouverneur Liikanen d’octobre 2012.

2) Comprendre les nouvelles activités bancaires et financières

Deuxième côté du carré actuellement funeste, la crise a révélé à quel point la hiérarchie la plus ultime des établissements bancaires méconnaissait le fonctionnement concret des salles de marché et leur évolution récente. Pour ne pas dire plus.

Il est hélas inutile de développer ce point car la sagacité du lecteur est ici présupposée voire postulée et que nous sommes assez nombreux à conserver en mémoire des déclarations publiques de dirigeants qui suffisent à nourrir notre affirmation à valeur de strict rappel sur un mode retenu.

Nous serions heureux de pouvoir intellectuellement nous en abstenir mais comme se plaisait à le rappeler Jacques Delors dans d’autres circonstances financières – elles aussi difficiles – : les faits sont têtus…

D’ailleurs, il serait pour le moins contradictoire de nier cette réalité car cela reviendrait à dire que les dirigeants avaient pleine conscience des risques encourus, de ce que j’appelle le cordeau Bickford constitué par le poids et le contenu mutuellement sans cesse croissants des engagements hors-bilan des établissements.

Il y a eu de lourdes erreurs que les soutiens publics vont aider à gommer dans des silences lourds de sens car les parties en présence n’ont guère d’autres choix.

La question qui demeure ouverte pour l’acteur public et pour les historiens à venir de la sphère financière est celle du degré exact ET préalable de connaissances du volume des risques. Par obligation et fort de notre expérience d’ancien commissaire aux comptes, il nous revient ici de rappeler que le mandataire social doit rechercher la continuité d’exploitation et ne pas déroger aux règles que le Doyen Pierre Bézard a nommé avec netteté dans plusieurs ouvrages ( et jurisprudences…) la loyauté du dirigeant.

Il serait de bonne intelligence que les décideurs de l’industrie bancaire gardent présent à l’esprit le vaste soupçon de baraterie qui plane sur leur gestion dans la dernière période. Comme toute soupçon, il charrie ses vérités et ses excès outranciers.

3) La rentabilité des banques françaises

Troisième côté du carré, les banques sont en dernier ressort face à une crise de rentabilité que les états de synthèse de leurs profits ont parfois tendance à sous-refléter voire à occulter.

Pour le grand public, la messe est dite et les banques font à nouveau des  » sous  » comme en attestent leurs résultats annuels.

Pour qui prend le temps et le soin de lire des états comptables récents, la situation est nettement plus contrastée ce qui a une conséquence méta-sectorielle que notre estimé confrère René Ricol  a affronté durant de longues semaines dans ses fonctions de Médiateur du crédit. L’économie va être confrontée pour une période longue à une sélectivité accrue des banquiers prêteurs directement découlée de leur crise interne de rentabilité (resserrement du crédit ou « credit crunch »). Ceci dans un contexte où le refinancement régulier et accentué des Etats ne manquera pas de provoquer des effets d’éviction (« crowding-out ») sur les marchés financiers d’où des tensions durables en matière de dettes souveraines.

A ce stade, j’ignore si l’analyse économique sera en mesure d’apporter sa contribution à la crise d’efficience allocative des banques mais dans la mesure où l’importance des économistes travaillant pour celles-ci est connue et établie (voir les éminents Jean-Hervé Lorenzi ou Christian de Boissieu) il est légitimement permis d’espérer.

4) Évolution des normes comptables

Quatrième et dernier côté du carré, les normes comptables. Sur cette question technique fondamentale, souvenons-nous d’abord avec stricte exactitude et un rien de malice entendue que ce fût Charles de Croisset (alors Président du C.C.F devenu HSBC France et désormais chez Goldman Sachs) le premier à souligner deux faits d’importance. D’une part, la sous-représentation de la France voire de l’Union européenne dans les instances investies du pouvoir de validation de la réforme des référentiels normatifs. D’autre part, l’ampleur du big bang que constituerait l’adoption pleine et entière de la « fair value » alors en cours de définition finale.

Il ne fût guère entendu des dirigeants d’alors de notre pays dont la condescendance vis-à-vis du chiffre et des comptables est historiquement et presque judiciairement établie.

Le premier point qui surprend concernant les normes réside dans la brutalité du changement digne d’une  » migration « , d’un basculement cher aux développeurs de logiciels informatiques. Le monde a accepté de quitter – telle une mue reptilienne – une rive pour une autre sans chercher à quantifier les vertus du panachage voire du régime transitoire. En effet, nous étions quelques uns à avoir tenté de murmurer qu’il y aurait pertinence à ce que les valeurs au bilan fussent calculées par une exacte moyenne entre la valeur de marché et la valeur historique.

Si l’on songe aux aberrations des immeubles totalement amortis qui valaient un €uro symbolique en plein Paris haussmannien ou Londres victorien, chacun comprend qu’il y aurait déjà eu un immense progrès vers la notion pivot de toute comptabilité: à savoir, l’image fidèle.

Au lieu de fidélité, le travail collectif des normalisateurs – par ailleurs qualifiable de considérable – s’est attaché à la notion d’exactitude des comptes en remettant cette quête dans les seules mains de la trompeuse appellation de « fair value » qui comporte – en creux – en anglais une connotation subjective qui apparaît lorsque le terme d’unfair est utilisé en droit ou en économie.

Or là, il y a eu recul conceptuel préjudiciable.

En effet, le Code de commerce n’introduit à bon escient aucun lien de cause à effet entre les obligations de régularité et de sincérité comptable d’une part et l’image fidèle d’autre part. Si l’image fidèle est effectivement présente ( L 123-14, alinéa 1er ), c’est bien parce qu’elle est une notion distincte et exogène aux deux autres obligations.

Pour les professionnels du chiffre, la comptabilité est intrinsèquement un outil où la technicité va de pair avec une dimension conventionnelle. Celle-ci est quasiment exponentielle depuis l’adoption de certaines normes qui aboutissant à des non-sens en termes de valorisation obligent alors à des retraitements et à l’utilisation de modèles par essence soumis à subjectivité et non-universalité.

Sur ce point précis et vraiment décisif, il faut ici rappeler que l’alinéa 3 de l’article L 123-14 du Code de commerce énonce une disposition impérative : toute dérogation rendue obligatoire par la situation de fait doit être explicitée dans l’annexe des comptes annuels.

Rappel du texte exact :

« Si, dans un cas exceptionnel, l’application d’une prescription comptable se révèle impropre à donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière ou du résultat, il doit y être dérogé. Cette dérogation est mentionnée à l’annexe et dûment motivée, avec l’indication de son influence sur le patrimoine, la situation financière et le résultat de l’entreprise. »

Autrement dit, le Code de commerce et ses prescriptions règlementaires attachées ne font aucune place aux conversations d’anti-chambre dignes d’un bargaining suspect et posent clairement les seules règles devant présider aux travaux d’arrêté des comptes annuels.  (Dexia, Natixis, Bankia, etc).

L’image fidèle est donc la pierre angulaire dont la pleine validité est à remettre au cœur des pratiques des acteurs de l’industrie bancaire et de leurs Comités d’audit….

Un exemple factuel vient étayer cette affirmation au moment où des certitudes de quasi-récession menacent : les banques sont les seuls agents économiques ayant obtenu en France une dérogation de facto au principe de prudence qui régit usuellement les règles comptables. Ainsi, il leur est possible pour les seuls titres de transaction de tenir compte des moins-values potentielles mais aussi des plus-values potentielles. Nul besoin d’expertise approfondie pour mesurer l’effet d’aubaine au point conjoncturel où nous semblons être.

L’image fidèle est le seul concept dont la densité exogène pourra contraindre l’industrie bancaire à la rigueur que l’essence de ses métiers rend obligatoire.

Pour citer – à fin de plus ample démonstration – un auteur reconnu des praticiens :

 » Une activité notable du banquier est la prise ou réception d’engagements significatifs ( opérations de hors-bilan ) sans qu’il y ait transfert de fonds. Il peut en découler que ces engagements ne génèrent pas d’écritures comptables dans les systèmes généraux. La non-prise en compte de ces éléments peut être difficile à déceler.  »   Jean-Luc Siruguet, in  » Le contrôle comptable bancaire « .  (Revue Banque Edition : page 86 ).

En peu de mots, l’essentiel est rapporté. En si peu de temps de lecture, on mesure l’ampleur des risques et la taille du présent chantier de reconformation qui va au-delà des renforcements de régulation obtenus par la BCE et Monsieur Mario DRAGHI.

L’industrie bancaire cumule des foyers d’innovation vecteurs de progrès mais parfois d’ordre tératogène : il faut que les pratiques de présentation comptable qui sont, à ce jour, parcellaires reflètent bien davantage l’exhaustivité des exploitations par essence toujours imaginatives.

Le deuxième point concernant les normes appartient désormais à l’histoire humaine : conçues pour être un mieux, elles ont été un moins dans les bilans.

Leur application frontale, hors sérieux régime de transition qui eût valeur probatoire, a coincidé avec une crise conjoncturelle dont l’impact sera profond et durable.

L’adoption un rien naïve et peut-être totalitaire d’un seul concept technique endogène ( la  » fair value  » ) représente ainsi un gâchis collectif dont le chiffrage ne se limite pas aux billets d’avion des membres de l’IASB ou à leurs heures de travail.

Selon moi, du fait des spirales baissières pro-cycliques que les normes ont induit sur les cinq dernières années, elles sont analytiquement éligibles au rang de déséconomie externe majeure, d’anti-externalité sans précédent à occurrence séculaire.

Face à l’importance des destructions combinées de valeur, il faudrait les patiences et les ardeurs cumulées de Edmond Malinvaud (INSEE) et d’un estimé Edouard Salustro pour suggérer à une instance internationale une quantification de cette balle tirée dans le pied du monde.

Le résultat serait probablement effrayant mais il contribuerait à ouvrir les yeux en matière de dévoiement d’intentions.

A ce propos de quantification, si l’information est diffusée (car rendue publique), il serait instructif de lire les travaux actuellement en cours du FCAG (Financial Crisis Advisory Group) qui doit poursuivre, dans les mois à venir, un opération vérité vis à vis de l’IASB mais aussi de la FASB (US Financial Accounting Standards Board)…

On sait que Clémenceau pensait avoir raison en énonçant que la guerre est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires.

On sait désormais que les plus fins spécialistes comptables peuvent verser dans un isolement fautif par-delà leurs nobles intentions de départ.

Madame Christine Lagarde – incontestablement déçue par la tournure des choses et les réponses (fin Août 2009) de l’IASB – avait alors posé avec quelques bruits que la myopie et la surdité de l’IASB étaient établies.

Pour notre part, nous voyons dans l’aboutissement présent des IFRS une approche monaurale où certains Etats n’ont pas assez initialement pris conscience de la révolution de papier qui était en marche. Des validations publiques sont par conséquent intervenues dans des conditions imparfaites. Donc, regrettables.

Désormais, il est clair qu’il faut un changement de statut juridique de l’IASB sinon les forces en présence joueront globalement dans le même sens. Comme aimait à me le dire vivement le Préfet de Région Claudius Brosse (sur d’autres sujets…) :  » Vous avez déjà vu quelqu’un de puissant se déjuger ? « …  Selon notre entendement de la situation, il faut – selon une voie minimale – élargir le nombre de trustees (et partant leur  » représentativité « ) qui composent la Fondation IASCF, organe de surveillance de l’IASB.

Selon notre approche préférée – certes plus maximaliste – il faut arrêter de s’en remettre à une simple association de droit privé pour traiter de telles matières qui relèvent – qui songerait à le contester ? – de l’intérêt général. Sans tenir éloignée de notre pensée l’expérience française dite de nationalisation-sanction (Exemple des usines Renault à la Libération), il nous paraît sincèrement soutenable de préconiser l’adoption d’un statut international de type UPU :  Union postale universelle.

Cette modification de statut est probablement un point de passage obligé pour réorienter valablement les travaux de l’IASB et ainsi donner sa chance à la notion d’image fidèle.

Notre vive préconisation formulée à l’aune de notre compétence forcément contenue est en effet d’insérer la préoccupation d’image fidèle de manière normativement faîtière et de l’endogénéiser.

Il en va ici de la crédibilité des états comptables de toute entité et singulièrement de celles qui traitent de matière financière.

A quoi servirait – par exemple non fortuit – une comptabilité en  » fair value  » largement dépassée par la réalité des opérations de titrisation et autres évènements hors-bilan là où l’image fidèle engage davantage en fait et en droit la responsabilité des opérateurs et des dirigeants.

Sans responsabilité, pas de solution normative crédible.

Comme la métaphore ici développée du carré le préfigure, les quatre côtés sont égaux en intensité de question à résoudre.

Couple rémunération-risques encourus, maîtrise réelle des métiers par les top-décideurs et des process par une compliance enfin reformatée, crise d’efficacité allocative, refonte incertaine de l’IAS 39 et autres normes applicables forment la matrice du désarroi des banques au début de la deuxième décennie de notre nouveau siècle.

A l’heure où il n’est pas improbable qu’un jeu collectif subi ou voulu aboutisse à la résurgence de tensions inflationnistes – soulagement de la dette publique et concomitamment amélioration faciale des résultats d’exploitation en « fair value » – il nous revient d’affirmer que les banques ont un devoir d’envergure : celui de juguler progressivement les quatre sources précitées de leur désarroi.

C’est une nécessité impérieuse qui supposera que certains segments-clefs des règles de présentation des états comptables soient à nouveau personnalisés,  » customizés  » pour les établissements financiers.

Sans adaptation sectorielle sérieuse, pas de sincérité idoine.

Des personnalités du rang et de la compétence de Jacques de Fouchier (ex-Paribas) ou de Maurice Pérouse (ex-Caisse des Dépôts) ont démontré de manière incontestable – il y a déjà bien des années – que le bon exercice du métier de banquier suppose la confiance des agents environnants.

S’il a pu être reproché aux capitaines de l’industrie bancaire des actes de baraterie, il revient aux Etats de leur fournir des rails de navigation et des outils de surveillance de bon format. (La supervision à l’échelle de l’UE, par exemple).

Maintenir l’industrie bancaire telle quelle

Parallèle au désarroi explicité supra dans ce document, il y a la notion de maintien.

Elle se décline selon deux axes symétriques qui mériteraient – dans un idéal hors de portée – de constituer des forces de bijection.

3.1   Tout d’abord, les banques ont à maintenir l’existant : nul ne peut décréter un grand soir, une sorte de tabula rasa du secteur financier en vue d’une chimérique reconstruction depuis un « ground zéro » de la finance mondiale.

Puisqu’il s’agira donc de réformes graduelles, cela signifie que le temps sera une variable d’importance. Or, nous avons déjà établi que le temps ne sait être qu’un allié déclaré du  » crédit crunch  » en cours de déploiement et que les crises grecque et irlandaise ont illustré. Sans omettre l’épée de Damoclès espagnole.

Tel est le nœud gordien du futur G20 en cette seule matière.

Autrement dit, si la qualité de définition des réformes est importante, leur vitesse d’implantation sera un paramètre crucial afin d’éviter la cristallisation des difficultés actuelles. L’idéal serait de construire à législation quasi-constante.

3.2  En matière d’occurrence d’aboutissement des projets humains, de sélection normale des programmes d’investissements, les banques ont un cap à tenir qui relève de la devise de Guillaume d’Orange : « Je maintiendrai » doit être un leitmotiv transmis aux exploitants par des managers conscients des enjeux.

Si le « pouvoir de dire oui » s’évapore du champ des possibles, la crise sera sporadiquement auto-entretenue. Symétriquement, le politique doit savoir garder une distance réaliste afin de ne pas générer des poursuites d’exploitation dans des conditions irrémédiablement compromises selon la formule judiciaire usuelle.

La crise provoque en effet une réaction mixte et parfois contradictoire de l’Etat. D’un côté, défenseur obligé des secteurs et entités victimes du  » crédit crunch  » au prix d’éventuelles approximations de droit et de fait. De l’autre, défenseur de l’industrie bancaire qui ne saurait souffrir d’un effet-domino et être irrémédiablement altérée.

3.3  Si le maintien des banques se parcourt selon les deux axes ci-dessus abordés, il faut revenir sur le rôle des économistes et poser qu’il n’est ni offensant ni dégradant de leur confier une fonction de maintenance.

Elle est toujours préférable au rôle de simple aristarque.

Or, à l’instar de l’industrie ou de la médecine, la maintenance ne vit que par la qualité du diagnostic, que par la recherche étiologique préalable.

S’agissant de la crise de 2008, elle impose à l’économiste lucide une concession de taille et imprévue : la hiérarchie des risques qui se sont effectivement matérialisés est désormais connue et place au centre de la collision le risque d’illiquidité. En amont de celui d’insolvabilité.

Là encore, les travaux et efforts déployés par les bâtisseurs (Cooke, Mc Donough) se sont brisés face à la vague du risque dit systémique. Il faut être vigilant et relever pour longtemps que le spectre des risques de défaillances a été plus large que la couverture radar fournie par les ratios prudentiels en vigueur. L’hypothèse de l’instabilité financière (1977) de Minsky a dépassé les schémas classiques.

Cette déduction vient des faits qui viennent de se dérouler sous nos yeux ébahis et il faut donc admettre – avec humilité – que la réalité du déroulement de l’Automne 2008 a fait voler en éclats les certitudes de plusieurs décennies de quêtes prudentielles.

Pour ma part, au nom des heures de recherches que cette question m’a inspiré dans un passé somme toute récent, je suis dans l’obligation de rappeler l’existence d’une étude de 2002 financée et publiée par la Fondation Banque de France hautement présidée par le Gouverneur Christian Noyer.  Son titre est explicite :   » L’efficacité technique peut-elle contribuer à l’évaluation du risque d’insolvabilité ?  »  (Mai 2002,  Gunther Capelle-Blancard et Thierry Chauveau).

Son objet défini par les deux auteurs est d’offrir une  » identification des banques en difficulté fondée sur la seule modélisation stochastique des postes du bilan  » et de  » tester, pour la première fois …/… les performances prédictives d’un indicateur avancé de faillite « .

Sa relecture est porteuse d’enseignements (indicateur CAMELS d’ailleurs adopté fin 2011 par la Société Générale) et on peut valablement conclure qu’il est de l’ordre de la nécessité que de faire vivre, de manière enfin déterminée, les indicateurs proposés à la lumière de la distinction cruciale (évoquée supra) à établir entre insolvabilité et illiquidité.

A l’heure où les banques ont obtenu une sorte de pare-feu public qui induit une forme d’immortalité de telles sociétés commerciales, il est d’évidence que l’apporteur d’une telle protection est en droit d’avoir la faculté de mesurer ce que bon lui semble dans l’environnement législatif et règlementaire d’un Etat de droit.

Au moment même où plusieurs courants de pensée économique sont à l’unisson pour stigmatiser les risques de tension monétaire du monde présent, gardons à l’esprit que – pour l’instant – les opérations en devises demeurent inscrites dans le hors-bilan des banques…

Ceci atteste, une fois encore, du vrai chemin à parcourir loin de l’usage répété, galvaudé et confortable du terme de  » transparence  » des comptes.

Compte-tenu de la consolidation du secteur bancaire consécutive à des opérations de fusions-acquisitions ( qui est là et sera encore plus vigoureuse demain ) et du nombre limité d’acteurs publics à la recherche de solutions consistantes et pérennes, une chose semble certaine dans cet univers d’incertitudes : l’actualité criante de la phrase du 20 Août 1940 de Winston Churchill  ( qui évoquait les valeureux pilotes de la R.A.F ) :  » Never was so much owed by so many to so few « .

Loin des polémiques qui vont aller croissantes sur la trajectoire de l’IASB, combien seront-ils à décider vraiment ?

Jusqu’où auront-ils la volonté et la capacité tangible d’aller pour épauler la résilience actuellement décelable aux Etats-Unis mais grandement fragile de la machine économique ?

JY Archer

Crise et libres contributions économiques

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