« L’argent ne s’arrête pas aux frontières, et la banque ne devrait pas non plus. »
Cette phrase de Nik Storonsky, cofondateur et patron de Revolut, résume bien les ambitions de la fintech. Créée il y a un peu plus de dix ans autour du paiement et du change de devises, Revolut veut maintenant devenir une banque mondiale.
En France, l’entreprise dispose désormais d’une licence bancaire européenne et veut accélérer. Crédit immobilier, épargne réglementée, services aux entreprises, banque privée : Revolut veut multiplier les services et devenir la banque principale de ses clients.
Aux États-Unis, une autre étape vient d’être franchie. Le régulateur bancaire américain, l’OCC, a donné son accord de principe sous conditions pour une charte bancaire nationale. Le processus doit encore être finalisé, mais l’objectif est clair : permettre à Revolut de proposer directement aux Américains une offre bancaire plus complète.
Avec plus de 80 millions de clients dans le monde et un objectif de 100 millions, Revolut change donc de catégorie. La fintech ne veut plus seulement proposer une alternative aux banques traditionnelles. Elle veut devenir une banque à part entière.
Une banque pensée pour fonctionner partout
Le modèle de Revolut repose depuis le départ sur une idée simple : pouvoir gérer son argent depuis une seule application, que l’on soit chez soi ou à l’étranger.
Compte, carte, change, paiement, épargne, investissement… L’entreprise ajoute progressivement de nouveaux services. Nik Storonsky parle même de Revolut comme de « l’Amazon de la banque ».
L’idée est assez simple : attirer un client avec quelques services, puis lui en proposer de nouveaux au fil du temps.
C’est aussi pour cela que le crédit, l’épargne, les services aux entreprises ou encore la banque privée sont importants. Ils permettent à Revolut de prendre une place plus importante dans la vie financière de ses clients.
Mais une banque ne fonctionne pas sans frontières
C’est là que les choses se compliquent.
Une application peut être la même dans plusieurs pays. Une banque, elle, doit respecter les règles de chaque marché.
Les autorités de contrôle, les règles de protection des clients, les exigences de fonds propres ou encore les obligations de lutte contre la fraude peuvent varier d’un pays à l’autre.
Revolut doit donc avancer marché par marché. La licence française lui permet de développer son activité bancaire en Europe, tandis que la procédure américaine doit lui ouvrir davantage de possibilités aux États-Unis.
Pour le client, tout cela doit rester aussi simple que possible. Mais derrière l’application, l’organisation devient forcément plus complexe.
Le problème n’est pas seulement technique
L’actualité récente de Revolut l’a rappelé.
La fintech a indiqué avoir transmis des informations personnelles et financières de clients après avoir reçu des demandes frauduleuses provenant d’un compte email utilisant un véritable domaine gouvernemental.
Pas besoin, dans ce cas, de trouver une faille informatique sophistiquée. Il suffit de convaincre les bonnes personnes qu’une demande est légitime.
C’est un point important dans la sécurité des banques numériques. Vérifier qu’une adresse email est authentique ne suffit pas toujours. Il faut aussi vérifier que la personne est bien autorisée à demander les informations et que la demande elle-même est légitime.
Cela passe parfois par des choses très simples : rappeler l’interlocuteur par un autre moyen, demander une confirmation ou prévoir une vérification humaine lorsque la demande est sensible.
Les outils de sécurité sont indispensables. Mais ils ne remplacent pas les bons réflexes.
Et l’IA va encore changer la donne
Dans le même temps, Revolut commence à tester une autre évolution : le paiement réalisé par un agent d’intelligence artificielle.
Avec l’accord du client, l’agent peut effectuer plusieurs étapes d’un achat avant d’arriver au paiement. Pour l’instant, il s’agit encore d’une expérimentation, réalisée avec Visa en France.
C’est une évolution intéressante parce que l’IA ne sert plus seulement à chercher une information ou à conseiller l’utilisateur. Elle commence à agir à sa place.
La question devient alors : jusqu’où peut-on laisser une IA utiliser notre argent ?
Pour acheter un produit courant, la question peut sembler assez simple. Elle devient beaucoup plus sensible lorsqu’il s’agit d’un virement important, d’un investissement ou d’un crédit.
Il faudra donc définir des limites claires : ce que l’IA peut faire seule, ce qui doit être confirmé par le client et ce qui doit rester soumis à une intervention humaine.
La confiance sera aussi importante que la technologie
C’est peut-être le principal défi de Revolut dans les prochaines années.
L’entreprise veut une banque mondiale, accessible depuis une seule application et capable de proposer toujours plus de services. Mais plus elle grandit, plus elle doit gérer de pays, de règles et de risques.
La technologie peut simplifier l’expérience du client. Elle ne fait pas disparaître les contraintes qui se trouvent derrière.
Et elle ne peut pas non plus régler seule la question de la confiance.
Revolut veut construire une banque sans frontières. Pour y parvenir, elle devra donc faire beaucoup plus que développer de nouveaux produits. Elle devra aussi s’assurer que, derrière chaque opération, la bonne personne demande la bonne chose au bon moment.