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La banque, demain une usine ?

Par 6 septembre 2018mars 12th, 2023Aucun commentaire6 minutes de lecture
évolution banque

A l’ùre de la 3Ăšme rĂ©volution industrielle, telle que l’a dĂ©crite JĂ©rĂ©my Rifkin (*), nous sommes rentrĂ©s dans une Ăšre de foisonnement pour essayer de rĂ©pondre Ă  la grande question qui anime notre sociĂ©té : comment reconfigurer un modĂšle durable (soutenable) dans un monde globalisant et en perpĂ©tuelle transformation ? Selon JĂ©rĂ©my Rifkin, cela s’appuie sur 2 piliers : les nouvelles technologies (NTIC) et les Ă©nergies renouvelables. Pour autant, si les NTIC sont au cƓur du dĂ©veloppement de notre nouvelle sociĂ©tĂ© (**), ce n’est pas encore le cas pour l’énergie renouvelable et surtout pour les capacitĂ©s de stockage de cette nouvelle Ă©nergie qui nous feront rĂ©ellement basculer sur cette 3Ăšme rĂ©volution industrielle. Il est toutefois clair que de grandes forces (GAFA, NATU) sont Ă  la manƓuvre pour y parvenir

Cette convergence vers un modÚle unique car seul capable de nous assurer un avenir pose de fait la question de la coopération et de la mise en commun de moyens.

Et quel est le rapport avec la banque me direz-vous ? Eh bien il est de 2 ordres :

Le premier, est que de façon assez similaire, la banque s’est lancĂ©e dans une grande phase de foisonnement, d’innovation pour parler digital, pour tenter de retrouver elle aussi un modĂšle durable. Cette phase qui est toujours en cours se traduit par beaucoup d’initiatives mais toutefois peu de rĂ©alisations concrĂštes. Il est mĂȘme par ailleurs intĂ©ressant de constater que de toutes les innovations, ce sont celles amenĂ©es par le rĂ©gulateur qui gĂ©nĂšrent le plus de disruption, Ă  l’image de l’Instant Payment rĂ©cemment. OubliĂ©s les Googles Glass et autres Beacons. 

Cette phase de foisonnement a toutefois permis de dĂ©gager un modĂšle « phygital » qui fait aujourd’hui consensus : 80% de digital pour les clients pour 20% des produits, les plus simples et gĂ©nĂ©rant le plus de volume, et 20% d’agences pour 80% des produits, les plus complexes et ceux nĂ©cessitant le plus de conseils. Et cette convergence vers un modĂšle unique est de nature Ă  rationnaliser in fine les coĂ»ts et donc la soutenabilitĂ© du modĂšle.

Le second est que lĂ  oĂč le modĂšle de Rifkin se base sur une Ă©nergie moins polluante et dĂ©centralisĂ©e pour permettre Ă  chaque unitĂ© d’assurer de façon autonome ses dĂ©penses Ă©nergĂ©tiques, la banque, disons les banques françaises, hĂ©sitent entre un modĂšle centralisĂ© pour mettre les moyens en communs et un modĂšle dĂ©centralisĂ© pour donner l’autonomie nĂ©cessaire Ă  chaque Ă©tablissement d’assurer sa croissance. Il y a aujourd’hui plusieurs points qui posent problĂšme :

  • La distribution du financement, mais lĂ  c’est le mĂ©tier premier de la banque donc chacune d’entre elle a su trouver sa solution (facilitĂ©e par la BCE le cas Ă©chĂ©ant)
  • La captation des talents, bancaires et informatiques, pour tenir le bon rythme de dĂ©veloppement. Et il reste clairement des sujets Ă  travailler, notamment via les nouvelles techniques de formation, d’autant plus lorsqu’une Ă©tude prospective rĂ©cente annonce que le mĂ©tier d’employĂ© de banque (version actuelle) va disparaĂźtre d’ici 2050(***)
  • La nĂ©cessitĂ© de financer les investissements liĂ©s au digital par des Ă©conomies de fonctionnement et en parallĂšle la rĂ©duction inĂ©luctable du nombre d’agences 

Si la banque se positionne depuis de nombreuses annĂ©es comme une Industrie, il reste le concept d’Usine, bras armĂ© d’une industrie, Ă  dĂ©velopper. Dans la logique de constituer des unitĂ©s autonomes telles que dĂ©crites par Rifkin, cela semble un point de passage obligatoire pour traiter des processus de bout en bout en cassant cette logique « Front/Middle/Back office » qui dĂ©grade l’expĂ©rience client et in fine sa satisfaction. 

Il y a bien des tentatives pour mettre en place des « factory », mais il y a matiÚre à aller un cran plus loin, notamment en profitant des 3 éléments structurants suivants :

  • La capacitĂ© dĂ©sormais arrivĂ©e Ă  maturitĂ© de reconstituer son poste de travail n’importe oĂč (en tĂ©lĂ©travail, en mobilitĂ© ou en co-working) et donc la capacitĂ© de crĂ©er des unitĂ©s virtuelles
  • La possibilitĂ© via les API et le Cloud de crĂ©er des SystĂšmes d’Informations interdĂ©pendant et autonomes
  • La promesse de pouvoir diffĂ©rencier les contacts client et donc d’avoir une rĂ©ponse personnalisĂ©e en fonction de leur demande

Il reste alors 2 points fondamentaux pour parvenir Ă  reconstituer une logique d’usine adaptĂ©e Ă  cette rĂ©volution industrielle :

  • Le travail Ă  mener pour avoir rĂ©ellement des processus « ominicanal » sans rupture quel que soit leur point de dĂ©part, condition sine qua non pour ne plus avoir de dĂ©coupage front to back (et donc en cassant les silos organisationnels ?)
  • Le dĂ©veloppement d’un savoir-faire pour interagir ce modĂšle d’usine « bout en bout » avec le principe de centres de compĂ©tences (conseil bancaire, expertise IT, conformitĂ©,
), point indispensable au regard de la raretĂ© de ces compĂ©tences.

Et il y aura enfin (mais cela ne semble pas le point le plus critique ni le plus complexe) la question de savoir comment incarner ces « usines nouvelles » pour que le client ait toujours le sentiment d’entrer complĂštement dans sa banque qu’il se connecte Ă  son application mobile ou qu’il pĂ©nĂštre dans un lieu portant le logo de sa banque prĂ©fĂ©rĂ©e.

 (*) La TroisiĂšme RĂ©volution industrielle : Comment le pouvoir latĂ©ral va transformer l’Ă©nergie, l’Ă©conomie et le monde [« The Third Industrial Revolution: How Lateral Power Is Transforming Energy, the Economy, and the World »], Les liens qui libĂšrent, 2012, 380 p. (ISBN 978-2918597476)

(**) https://www.usine-digitale.fr/article/alphabet-google-fait-de-toronto-son-laboratoire-de-la-ville-du-futur.N604358

(***) https://www.institutsapiens.fr/top-5-des-metiers-en-voie-de-disparition/

Pierre-Emmanuel Durand

Banque Digitale, Informatique et Technologie.

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